Le carnet des crustacés

Présentation générale

Les crustacés sont des animaux aux pattes articulées, à la carapace rigide, munis d’antennes et de mandibules et souvent avec des pinces. Certains de ces animaux sont très connus : le crabe ou la langouste ; d’autres sont moins connus du grand public : la cigale de mer, le copépode.

Il existe des crustacés de toutes les tailles. Le crabe des cocotiers et l’isopode géant sont parmi les plus grands représentants. Ils peuvent dépasser 30 cm de long. Dans les plus petits, on retrouve des espèces planctoniques comme le copépode : un minuscule crustacé de moins de 1 mm qui se laisse porter dans les courants et fini parfois dévoré par une méduse.

Il existe aussi des crustacés d’eau douce comme l’écrevisse. Un grand nombre de crustacés d’eau douce sont menacés du fait des activités humaines. La grande majorité vit cependant en eau salée. Ils sont beaucoup moins en danger que leurs cousins d’eau douce, à quelques exceptions près. Ils commencent cependant à souffrir de la destruction de leurs milieux de vie et du nombre croissant de déchets plastiques dans l’Océan.

Les crustacés sont des arthropodes : comme les insectes, les scorpions et les araignées. Ce qui signifie qu’ils ont des pattes articulées. Parmi les arthropodes, les crustacés ont une longévité assez étonnante. Les homards peuvent vivre plus d’une cinquantaine d’années, par exemple.

Les crustacés occupent un rôle important dans la chaîne alimentaire. Ils sont le plus souvent omnivores opportunistes, et décomposent la matière organique. Ils permettent de dégager des nutriments essentiels à la croissance des végétaux marins. Les espèces prédatrices permettent aussi de réguler la propagation de certains animaux qui deviendraient trop nombreux s’ils n’étaient pas mangés par les crustacés.

C’est pour sensibiliser les publics à leur protection et les encourager à les respecter que nous présentons à l’Aquarium de Paris diverses espèces de crustacés. Nous leur consacrons une exposition pour mieux les faire connaître. Ce catalogue vous permettra d’en savoir plus sur ces animaux tout au long de votre visite.

Les crustacés à l’Aquarium de Paris

Le long de votre parcours à l’Aquarium de Paris, vous allez pouvoir observer au plus près de nombreuses espèces de crustacés, riches en formes et en couleurs, dans les eaux du monde entier.

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L’écrevisse à pattes rouges
Astacus astacus

Cette écrevisse vit dans les eaux douces et froides d’Europe de l’Ouest. Dans la journée, elle se cache sous des roches, bouts de bois, dans les racines ou parfois aussi dans la vase. Il est même difficile de l’observer dans nos bassins ! Les jeunes écrevisses consomment divers petits organismes tandis que les adultes mangent des végétaux aquatiques et sont à l’occasion des prédateurs d’invertébrés peu mobiles. Elle ne se reproduit qu’une fois par an et incube une centaine d’œufs pendant 9 mois.

De nombreuses menaces pèsent sur les écrevisses. Elles ont été très consommées par les humains autrefois. Aujourd’hui elles souffrent de la modification des milieux aquatiques et rivulaires : détournement des rivières, barrages, extraction des sols, pollutions agricoles et industrielles… De plus, des écrevisses du continent américain ont été introduites dans son habitat et elle ne supporte pas cette concurrence Les écrevisses européennes sont classés vulnérables sur la liste rouge des animaux en danger.

Le crabe vert
Carcinus maenas

Vous le trouverez peut-être sur le parcours, dans un bassin en cours d’aménagement. Ils servent à nourrir différents animaux de la collection et il est parfois présenté lors d’ateliers pédagogiques pour apprendre aux enfants à manipuler les crabes avec soin. Comme beaucoup de crustacés, le crabe vert peut survivre quelque temps en dehors de l’eau car ses branchies baignent dans un sac rempli d’eau. Il produit de nombreuses bulles autour de la bouche, ce qui lui vaut le surnom de crabe enragé. Le mâle attend que la femelle fasse sa mue pour pouvoir se s’accoupler avec elle. La femelle pondra ensuite des centaines de milliers d’œufs dont très peu atteindront l’âge adulte. Sa vitesse de reproduction est très rapide, ce qui en fait une espèce abondante. Pour partie carnivore, le crabe vert se nourrit d’algues et de petits animaux : il joue un rôle important dans l’écologie côtière.

Le homard européen
Homarus gammarus

On le reconnait à ses pinces volumineuses qui servent à broyer puis sectionner les proies et les porter à la bouche. Une des deux pinces est souvent plus volumineuse que l’autre. Ce crustacé impressionnant est un mets de luxe prisé dans le monde entier. Les homards sont des animaux pouvant vivre 50 ans voire plus. Ils nichent dans une anfractuosité rocheuse et attendent qu’une proie se présente à eux. La femelle pond une dizaine de milliers d’œufs qu’elle transporte sur elle pendant 11 mois.

L’araignée de mer atlantique
Maja brachydactyla

Ce crustacé aux longues pattes est très présent dans les eaux côtières européennes. Il se cache le jour et se déplace la nuit à la recherche de ses proies : coquillages, oursins, petits crabes, étoiles de mer… Il peut également manger des algues. L’araignée de mer se camoufle en fixant volontairement des algues sur sa carapace. Mâles et femelles forment un tas de nombreux individus pour se reproduire. La femelle pond jusqu’à 500 000 œufs selon sa taille.

Dans certaines régions du monde, des araignées de mer introduites sont devenues invasives dans des zones où elles n’ont pas de prédateurs et se reproduisent facilement. Elles y deviennent très voire trop nombreuses. En Norvège par exemple, on peut observer de véritables tapis d’araignées de mer. Elles ravagent les fonds marins mais profitent aux pêcheurs : leur chair est délicieuse et se vend à prix d’or !

L’araignée de mer commune
Maja spinado

Assez proche des autres araignées de mer, cette espèce comporte une particularité biologique rare chez les crustacés : une mue terminale. Cela signifie qu’elle ne grandit plus à l’âge final. Cela entraîne une longévité plus courte et une impossibilité de régénérer ses pattes en cas d’incident. Son régime alimentaire est varié : cadavres, algues, petits crustacés et mollusques, oursins ou encore étoile de mer.

La petite cigale de mer
Scyllarus arctus

Attention, cet animal est difficile à observer : vous devrez être attentifs ! Son nom vient de la forme de ses antennes qui rappellent les ailes d’une cigale. La comparaison va plus loin car en les frottant hors de l’eau, elle produit un son pouvant rappeler vaguement celui de l’insecte. C’est un animal assez discret. Sa chair serait délicieuse mais cette espèce de petite taille est très peu commercialisée. La cigale de mer se nourrit de petits mollusques et de vers marins. La femelle porte ses œufs sous son ventre. La phase larvaire est très longue et périlleuse. Très peu d’individus atteignent la maturité.

La langouste européenne
Palinurus elephas

C’est un des crustacés les plus célèbres. Sa renommée vient de sa chair : délicieuse et coûteuse. Les larves des langoustes sont difficiles à élever et l’espèce n’est pas utilisée en aquaculture. Elle peut se capturer au casier ou au filet maillant. Les populations ont été surexploitées presque partout et les quantités pêchées sont réduites. C’est pourquoi elle se vend si chère. Elle se nourrit d’organismes peu mobiles comme les oursins et les étoiles de mer, mais aussi de mollusques dont elle peut broyer la coquille. Il n’est pas rare d’observer les langoustes vivre en groupe. Sa queue se termine en éventail : ce qui en fait un des nombreux crustacés capables de nager à reculons en donnant un violent coup de queue.

De plus en plus rare, la langouste fait l’objet de diverses réglementations de pêche pour la protéger. Il est essentiel de pratiquer une pêche durable et responsable pour maintenir les populations de cet animal.

La crevette nettoyeuse
Lysmata amboinensis et Lysmata seticaudata

Ces magnifiques crustacés rouges à liseré blanc sont d’une importance capitale dans les écosystèmes coralliens. Ces crevettes peuvent se nourrir des peaux mortes des poissons mais aussi rentrer dans leur bouche pour manger entre leurs dents des restes de nourriture. Mais c’est aussi un bénéfice pour la santé des animaux qui se font nettoyer. Les crevettes nettoyeuses naissent mâles puis deviennent femelles (on parle d’espèces protandre).

Le Bernard l’Hermite atlantique
Pagurus bernhardus

Voilà le piège de ce catalogue ! Il existe un crustacé dont la cuticule dure ne couvre qu’une partie du corps. Pour protéger son abdomen mou, le Bernard l’Hermite utilise des coquilles vides de mollusques. Il en change régulièrement au cours de sa croissance. Certaines autres espèces de pagures peuvent même emprunter d’autres artefacts à sa disposition : pierre trouée, carapace de crabe abandonnée, fragment de tige de bambou ou encore… cannette de soda. Malgré son abri-coquillage, il s’agît bien d’un crustacé ! Ces animaux se nourrissent de débris d’animaux et de végétaux. Pour la reproduction, les Bernard l’Hermite sortent à moitié de leur coquille pour muer et copuler.

Le Grand Bernard l’Hermite
Dardanus sp.

Présent à toutes les profondeurs et dans une grande partie du monde, est fréquemment en relation de mutualisme avec l’anémone Calliactis parasitica. Vous aurez peut-être même l’occasion de le voir associé à une éponge de mer ! Certains Bernard l’Hermite sont également associés à une anémone (Calliactis parasitica) qu’ils transportent sur leur carapace.Les deux animaux y gagnent un avantage de protection et d’alimentation.C’est un des grands nettoyeurs de l’Océan car il se nourrit de divers animaux morts tombés sur le fond.

La dromie
Dromia personata

On retrouve la dromie dans toute la Méditerranée, en Atlantique oriental, de la mer du Nord au Sahara occidental, Açores, Canaries et île de l’Ascension. Cette espèce fréquente les fonds rochaux, les crevasses et les failles.

Cette espèce peut vivre en association avec des éponges de mer sur sa carapace. Cette dernière est également recouverte de petits végétaux aquatiques : un avantage pour se camoufler et surprendre les proies. Ce crabe chasse la nuit mais doit se méfier de deux gros prédateurs : le poulpe et le mérou !

La crevette bouquet
Palaemon sp.

Les crevettes bouquet se déclinent en différentes espèces qui sont parfois difficiles à identifier. Ces crevettes mesurent entre 5 et 11 cm et vivent principalement parmi les algues et les rochers. Elles sont très présentes en Europe (Mer du Nord, Manche, océan Atlantique, Méditerranée). Sa tête se prolonge d’un rostre recourbé d’une longueur parfois impressionnante. Ce crustacé se nourrit principalement d’algues, d’autres petits crustacés, de vers et de mollusques.

Ces crevettes se reproduisent vite et efficacement. Lors d’une ponte, une femelle peut expulser jusqu’à 5000 œufs ! Certaines espèces de crevettes bouquet sont consommées par les humains. On les surnomme crevette rose en référence à la couleur qu’elles ont une fois cuites.

La Galathée bicolore
Galathea strigosa

Ce crustacé peut aborder de magnifiques couleurs rouges et bleues suivant l’état de sa carapace. On retrouve la galathée bicolore dans l’Atlantique Est et dans la Méditerranée. Elle affectionne les fonds rocheux dans les 40 premiers mètres de profondeur. Elle sort la nuit pour se nourrir d’animaux morts et de végétaux en décomposition. Elle a un rôle important de nettoyeuse des fonds rocheux. Elle gratte et balaye le fond à l’aide de ses pattes pour récupérer les particules en décomposition et les manger. Les nombreuses soies qui recouvrent son corps lui permettent de mieux filtrer l’eau et assimiler correctement ses nutriments. Ses différentes pattes lui permettent de se déplacer dans toutes les directions : marche arrière comprise.

Le Parthénope à longues pattes
Non déterminé – angulifrons

Les Parthenopidae sont une famille de crabes comprenant environ 140 espèces. Leur carapace est ornées de picants et de petits reliefs. Ce sont des espèces très difficiles à repérer pour les proies et les prédateurs. On retrouve cette espèce en Méditerranée et dans l’Océan Atlantique.

Leurs pinces semblent disproportionnées par rapport au reste de leur corps. Pourtant, elles sont idéales pour capturer des proies tout en restant caché et éloigné.

La Crevette drimo
Gnathophyllum elegans

Cette crevette est absolument remarquable par ses caractéristiques mais très difficile à observer à cause de sa petite taille. On la retrouve dans les eaux européennes et dans tout le bassin méditerranéen. Sa carapace est lisse et en forme d’obus. Elle ressemble à s’y méprendre à une anémone urticante…. Un avantage pour dissuader des prédateurs !

En plus d’une paire de pince, cette crevette possède une paire de péréiopodes : des pattes épaisses assurant une excellente locomotion ! Elle se nourrit de petits vers et mollusques. La teinte de ces crevettes devient plus translucide la nuit, pour des raisons encore inconnues. C’est un des animaux les plus sensibles au flash que nous avons : c’est pourquoi ils sont formellement interdits dans l’Aquarium !

La squille
Squilla mantis

On la retrouve en Méditerranée et sur les côtes de l’Afrique du nord-ouest. C’est un des animaux avec la meilleure vision du monde : ses yeux sont extrêmement complexes. 7 000 t sont pêchées chaque année en mer Méditerranée. Ce rythme d’exploitation pourrait devenir inquiétant pour les stocks de l’espèce dans les années à venir.

Sa technique de chasse est impressionnante : elle referme ses pinces tellement rapidement qu’elle propulse un jet d’eau chaude pour assommer ses proies !

L’araignée de mer de Leach
Inachus sp.

Ce petit crabe vit en association avec des anémones (anémone serpentine en particulier). Il y gagne une grande protection et assure la mobilité et la ressource en nourriture de l’anémone. Son corps est recouvert d’épibiontes, ce qui le rend très difficile à observer. On le retrouve dans l’Océan Atlantique et la Méditerranée principalement.

Dangers et menaces

Comme vous avez pu le voir au cours de votre visite, les crustacés sont essentiels dans les écosystèmes océaniques. Ils servent de régulateurs de populations, de nettoyeurs, d’agents sanitaires mais aussi de ressource alimentaire pour de nombreuses espèces (dont les humains). Cependant certaines espèces de crustacés sont menacées par les activités humaines. En effet, les crustacés d’eau douce souffrent de la modification et de la pollution de leur milieu. Plus d’1/4 des crustacés d’eau douce montrent une situation inquiétante aux yeux de l’Union Internationale pour la Conservation de la Nature (UICN) qui établit les listes rouge des organismes en danger d’extinction.

Les crustacés marins sont moins menacés même si certaines espèces commencent à voir leur milieu disparaître. C’est le cas de tous ceux qui vivent dans les coraux. On trouve de plus en plus de micro-plastiques dans le corps des crustacés marins. Les déchets plastiques chutent au fond de l’eau et sont ingérés par les crabes.

Il existe aussi des espèces introduites qui se développent trop rapidement et facilement dans leur nouveau milieu et qui deviennent envahissantes. C’est le cas des écrevisses d’Amérique qui menacent actuellement les populations d’écrevisses européennes. Une araignée de mer introduite est envahissante dans les eaux nordiques de Norvège.

Il est donc indispensable de mieux connaître les crustacés pour les protéger et les exploiter de manière durable et responsable. C’est pourquoi nous espérons qu’à travers ce catalogue, vous vous êtes familiarisés avec cette passionnante famille d’animaux.

Pour aller plus loin