Immens(lim)ité

RERO

Carte blanche à RERO au sein de l’Aquarium de Paris

Les messages barrés de l’artiste RERO s’installent dans les bassins et tout au long du parcours de la visite de l’Aquarium de Paris. Avec Immens(lim)ité, l’Océan prend la parole. On le découvre bavard. Il nous parle de lui, de nous, de notre interdépendance, de sa magie, de sa beauté tragique mais aussi de nos peurs à son égard. Il interpelle le visiteur sur notre place dans la Nature et sur la trace que nous y laissons. Comment prendre conscience que l’immensité de l’Océan serait en réalité limitée et que l’appréhension de cet oxymore est une clé essentielle à sa survie et donc à celle de l’humanité.

Intrigantes, lumineuses, riches d’une poésie moderne et transgressive, les œuvres de RERO ont été présentées au MAC/VAL, au Centre Pompidou, au CentQuatre, à la Fondation Vasarely, au Grand Palais ou au MAC Bogotá. Pleines d’audaces, ses installations hors-format ont pris pied sur les dunes du désert marocain, au cœur de l’Amérique latine et dans les paysages de Californie.

Aujourd’hui, l’Aquarium de Paris lui offre la possibilité de questionner l’Océan.

Entrée et sortie de l’Aquarium
Sans titre (CAELUM NON ANIMUM MUTANT QUI TRANS MARE CURRUNT…),Impression sur 6 bâches de 527 x 190 cm chacune, 2021

Cette installation que l’on traverse en descendant et remontant l’escalier est la première et la dernière installation du parcours.

Le poète latin Horace a écrit ce court extrait philosophique dans son recueil les épîtres publié en 19 ou 18 avant J.C. Si l’on devait le traduire en français , cet aphorisme signifierait “CEUX QUI COURENT PAR LES MERS NE CHANGENT QUE LE CIEL AU DESSUS DE LEUR TÊTE, IL NE CHANGENT PAS LEUR ÂME…”

Dans ma quête essentielle à toujours vouloir réduire le nombre de mots pour essayer d’en questionner toujours un peu plus, l’anglais est en général le plus efficace. Il offre une concision dont peu de langues peuvent se vanter. Mais cette fois, je trouvais intéressant de commencer cette visite avec un aphorisme très concis, dans une langue peu pratiquée, à savoir le latin et offrir une nouvelle interprétation à cette question philosophique proposé par Horace il y a plusieurs siècles. J’ai décidé de l’inscrire, puis de la barrer à mon habitude sur 6 drapeaux qui nous donne l’état de la mer et du ciel normalement, dans lesquels ici, la mer et le ciel sont imprimés dans le fond du drapeau. Ici, c’est le ciel et la mer polluée qui flottent dans le drapeau et non le drapeau qui flottent dans le ciel. Cette première installation qui est également la dernière que l’on traverse en fin de visite, invite ainsi le visiteur à se questionner sur les bénéfices du voyage et comment celui-ci peut changer (ou pas) notre âme. A vouloir changer le monde , c’est souvent le monde qui nous change. Ainsi le visiteurs, traverse cette installation avant de commencer son périple à travers les différentes mers, fleuves et océans du globe, toutes et tous réunis au sein de l’aquarium de Paris.

“Car, si c’est la raison et la sagesse qui dissipent les soucis, et non les lieux qui dominent la vaste mer, en traversant celle-ci on change de ciel, non d’esprit ; et nous nous épuisons en une oisiveté laborieuse, montant pour vivre heureux sur des nefs et des quadriges.”

Nam si ratio et prudentia curas, non locus effusi late maris arbiter aufert, cælum, non animum mutant, qui trans mare currunt. Strenua non exercet inertia; nauibus atque quadrigis petimus bene uiuere.

Horace, Épîtres, 1, 11, 25-29. [Traduction : Ch.-M. Leconte de Lisle (1818-1894), Horace, traduction nouvelle ; Paris, A. Lemerre, 1911.]

La Seine
Sans titre (AGIR SANS AGIR…) , Installation In situ, Fresque murale de 2m x 20 m, 2021

Il est nécessaire de diriger l’avenir du monde, mais non pas à la façon d’une partie d’échecs; plutôt comme un bateau écrivait Charles Elton. Il faut laisser dériver largement le monde naturel si l’on veut que son développement spontané révèle et réalise la richesse potentielle, la conscience et l’intervention de l’homme donnant forme,
assurément, à ce développement, mais comme pour rendre à la nature consciente et active par elle-même.

Non-agir, c’est, en fait, « agir dans le non-agir », ce n’est pas « ne rien faire ». J’agis, mais en étant conscient que c’est la Vie qui dirige mon action. Elle me pousse à cesser la destruction, la guerre, à rétablir l’harmonie, à passer à « l’action juste ».

Ce Principe Taoïste dans le monde orientale est à rapprocher au stoïcisme en occident. Dans un monde moderne particulièrement agité, “l’agir-sans-agir” permet de dépasser les contraires action/inaction en ouvrant une perspective de libération de tous les dualismes. Agir-sans-agir c’est vivre une action sans acteur, un spectacle sans spectateur, une personne sans personne – jusqu’à ce que l’existence et l’inexistence se dissolvent dans l’inconcevable.Le stoïcien, comme le décrit Nassim Taleb, est un bouddhiste qui a de l’allure et qui envoie le “destin” se faire voir. Il est quelqu’un qui transforme la peur en prudence, la douleur en information, les erreurs en une initiation, et le désir en entreprise…

Et si l’agir-sans-agir était une clef pour l’océan et plus généralement pour notre monde moderne survolté, fatigué ?

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Le mur du grand bassin

Sans titre ( FAISONS COMME SI DE RIEN N’ETAIT…) et Sans titre ( RESISTE A TA PROPRE RESISTANCE…) , Projection au Gobo, 300 x 300 cm chacun , 2021

Ces 2 projections dont la lecture se veut beaucoup plus frontale que les 2 premières installations, s’adressent directement aux visiteurs et leur demandent, toujours avec une certaine forme de poésie mais également avec cynisme quel sentier les visiteurs désirent emprunter. D’abord adresser à moi, j’ai souhaité également les mettre sur le passage des visiteurs. Ces 2 aphorismes soulèvent la question de l’acrasie, développée plus longuement par la suite dans la vidéo CASSANDRE/SCANDERAS réalisée avec Jules Hidrot qui est projetée dans le bassin.

L’acrasie , est le fait d’agir à l’encontre de son meilleur jugement. On parle aussi souvent, pour qualifier l’acrasie, de « faiblesse de la volonté» : ainsi, l’acrasie se manifesterait quand nous nous engageons dans des résolutions que nous n’arrivons pas à tenir. Toutefois, cette traduction comme faiblesse n’est qu’en partie exacte, car elle constitue déjà une interprétation de ce qu’est l’acrasie, sous l’angle de la volonté. En effet, selon certains philosophes (par exemple, Spinoza), si nos actes suivent spontanément “ce que nous avons jugé bon de faire” alors la volonté, comprise comme faculté distincte de la raison, n’a pas lieu d’exister ; pour d’autres, l’acrasie serait, au contraire, ce qui prouve l’existence d’une volonté distincte de la raison, et pouvant soit exécuter celle-ci soit s’opposer à elle selon sa force d’auto-détermination. La question, dans ce dernier cas, est de savoir d’où la volonté tire cette force, et s’il y a un sens à dire que la volonté s’auto-détermine indépendamment d’une délibération.

Une des particularité de la fragilité est qu’elle fonctionne en sens unique : s’il y a dommage, il est irréversible. Ce qui importe, c’est l’itinéraire qu’on choisit, l’ordre des évènements, et pas seulement la destination, ce que les scientifiques nomment la “dépendance au sentier”

Or, “en nous efforçant d’atteindre
l’inaccessible, nous rendons impossible ce
qui serait réalisable” écrivait Paul
Watzlawick.

Sans titre (OYSTERS DON’T MAKE PEARLS…), Installation In situ, Lettres en bois peintes et résinées avec petites perles de résines, 2021

Quand un corps étranger, un petit caillou ou un grand de sable, s’invite dans la coquille de l’huître, elle fabrique de la nacre autour pour s’en protéger. Autour de ce corps étranger qui l’agresse et lui procure du stress, le mollusque fabrique alors des milliers de couches de nacre, qui finissent par former une perle, empêchant toute blessure.  Cette image nous questionne sur la nécessité de souffrir pour être beau ou belle ou encore produire du beau ? L’être humain, tout comme l océan serait-il obligé de souffrir pour créer du sublime ou pour être magique ? Est-ce la tragédie qui le rend beau ? La souffrance est-elle une vague obligatoire à passer pour produire un chef d’oeuvre ??  L’image de l’artiste maudit qui doit souffrir pour produire son oeuvre doit-elle appartenir au passé ou est plus que jamais d actualité ? Combien de sang il aura t il été nécessaire de verser pour construire par exemple le château de Versailles, les Pyramides et l’ensemble des plus beaux édifices dans le monde ? Faut-il sacrifier des vies au prétexte de fabriquer du sublime? Cette question me semble essentielle ? Et l’image de l’huitre souffre et qui se retrouve stresser par un petit grain de sable et qui en réaction , pour se protéger de son agresseur , se met à fabriquer une perle me semble une image à la fois poétique et tragique pour aborder cette question de la souffrance. Comme l’écrit Nassim Taleb, le meilleur moyen de vérifier si on est vivant est de voir si l’on apprécie les variations. Souvenez-vous que la nourriture n’aurait pas de goût si la faim n’était pas là pour lui en donner; les résultats n’ont pas de sens sans efforts, la joie n’a pas de sens sans la tristesse, ni les convictions sans l’incertitude, et une vie éthique ne l’est pas quand elle est dénuée de risques personnels.

Bassin des poissons “retraités”
Sans titre ( VIA NEGATIVA…), Sans titre( HOW MUCH IS ENOUGH…) et Sans titre ( CROÎTRE OU S’AMÉLIORER…), Impression sur dibond aluminium, installation composée de 6 cadres de 60 x 80 cm chacun disposés en 3 dytiques, 2021

Devant le bassin des poissons “retraités”, je souhaiter questionner la notion de croissance et d’amélioration que l’on doit se poser tout au long de la vie. Je souhaite poser la question de taille et de quantité nécessaire dans notre société et pour se faire je souhaite utiliser l’image du syndrôme du poisson lune inspirée par Emmanuel Druon.

Le Poisson Lune est le seul organisme vivant qui croît sans discontinuer, jusqu’à la mort. Le syndrome du Poisson Lune est cette logique qui anime nos sociétés, fondée sur la croissance sans limite.L’entrepreneur atypique et profondément sensible, Emmanuel Druon prend très rapidement conscience que ce modèle épuise les ressources naturelles, les espèces, les gens et qu’il n’y aura bientôt plus rien à épuiser. Il décide alors d’engager une transformation radicale de l’entreprise Pocheco. Bientôt rejoint par une équipe inspirée, ils inventent ce que nous appelons désormais l’économie circulaire : tout, ou presque est recyclé, les déchets sont utilisés comme des ressources, la production de papier, d’encre, d’électricité sont issus de sources renouvelables, l’usine est autonome en eau, surplombée de ruches et bordée par un verger. Ils démontrent, par l’exemple, que la solidarité, la direction écologique et sociale donnée à l’entreprise, la participation de tous, donne du sens au travail de chacun, permet une constante amélioration des relations humaines et ainsi, de l’efficacité.

Quelle est la parfaite mesure ? Ce que les pays du Nord de l’Europe appellent le LAGOM, ni trop, ni trop peu … est un adverbe suédois réputé intraduisible signifiant approximativement “moyen”, “assez” ou ”optimal”. Il est fréquemment utilisé parmi les Suédois pour désigner une quantité ou une qualité qui est ni trop, ni trop peu. De plus, lagom est parfois considéré le mot le plus suédois existant. Puisque le mot est employé dans plusieurs contextes différents, le sens varie en fonction de la situation mais dans des nombreux cas il signifie que quelque chose est ”dans la mesure où il doit être”

Cette installation nous questionne sur la quantité parfaite d’amour, de coopération, de travail, d’argent, d’engagement, de passion ?

Bassin Caresse

Sans titre ( WE CAN NOT COMMAND NATURE…), Sans titre (VAGUE À L’AME…) et sans titre( THIS TOO SHALL PASS…), 3 planches de surf en bois , Peinture et résine, 160 x 36 cm , 2021

Inspiré de la philosophie du surf et de comment prendre au mieux une vague quand elle se présente à soi dans la vie comme dans l’océan, j’ai souhaité accrocher ces 3 planches de surfs au bord du bassin le plus japonais de l’aquarium comme clin d’oeil à la vague d’Hokusai.

Le surf nous apprend à affronter la vie “, déclare Gerry Lopez, le dompteur de Pipeline – la vague mythique d’Hawaii. Le surf évoque l’essence dramatique de l’existence. En s’aventurant sur la houle, le surfeur est à l’image de tout homme confronté aux aléas du devenir, tantôt opportuns – qu’il lui faut saisir -, tantôt désastreux – qu’il lui faut esquiver ou endurer. Sauf que, là, sur cette scène mouvante et instable, le surfeur se trouve par choix et par jeu. Seul son désir le pousse à se soumettre à la règle des trois unités théâtrales – unités de lieu, de temps et d’action. Même chargée de périls, chaque vague se présente à lui comme une occasion de vivre, unique et euphorique. Qu’on y vole un sport ou un art, le surf est avant tout une sagesse en action. Le philosophe Gilles Deleuze était d’ailleurs fasciné par cette pratique. « Tous les sports de glisse – surf, planche à voile… – sont du type insertion sur une onde préexistante, explique-t-il dans Pourparlers (Editions de minuit, 2003). Comment se faire accepter dans le mouvement d’une grande vague, d’une colonne d’air, “arriver entre” au lieu d’être à l’origine d’un effort. »

L’humilité du surfeur : il sait qu’il est inclus dans un mouvement, composé d’éléments naturels qui le dépassent.

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Sans titre ( IF THE OCEAN DIES, WE DIE…) , Installation composée de 20 panneaux en bois peint représentant les lettres de l’alphabet maritime, 2021

Cette installation questionne le visiteur sur la survie de l’océan dont l’humanité dépend et que nous pose Paul Watson. Le code international des signaux flottants maritimes est un système mis en place dans toutes les marines du monde permettant de converser quelle que soit la langue parlée par le bâtiment origine du message et son (ou ses) destinataire (s).J’ai souhaité utilisé le symbole de l’alphabet maritime, car c’est un langage universel, censé être compris par tous les pays du monde. Je ne fais que relayer ce message d’alerte, car la réalité est que si l’océan meurt, nous mourons – parce que l’océan fournit toutes ces choses qui nous permettent de vivre sur la planète. Plus de 70% de l’oxygène est en fait produit par le phytoplancton dans l’océan, et depuis les années 1950, il y a eu une diminution de 40% de la population de phytoplancton. Si le phytoplancton disparaît, nous disparaissons aussi, nous ne pouvons pas vivre sur cette planète sans phytoplancton. Les lois, la loi écologique de l’interdépendance stipule que notre survie dépend d’autres espèces, nous ne sommes pas seuls ici. Il est donc très important que nous arrêtions cette diminution de la diversité biologique au sein de l’écosystème océanique. De nombreux facteurs y sont attribués, comme la surpêche, la pêche illégale, les plastiques dans l’océan, les produits chimiques, la pollution sonore, les radiations, l’acidification, le changement climatique – tous ces facteurs contribuent à une diminution massive de la biodiversité dans la mer.

Depuis des millions d’années, l’océan est le garant de la vie sur terre et en mer. Nous sommes en train de le perdre et nous sommes responsables de ce désastre : nous réduisons la biodiversité, nous polluons, nous détruisons les habitats naturels, toutes actions qui entraînent un changement climatique devenu aujourd’hui le danger majeur. Il nous faut laisser l’océan en paix, lui donner le temps de se soigner.

Nous devons aussi apprendre à vivre en harmonie avec les autres espèces animales, en suivant les trois lois fondamentales de l’écologie : diversité, interdépendance, finitude des ressources. Piller les ressources, c’est diminuer la biodiversité et donc l’interdépendance, avec, à la clé, un effondrement brutal de nos écosystèmes. La conséquence de ce processus est facile à comprendre, si l’océan meurt, nous mourrons.

J’ai décider de le barrer pour questionner cet aphorisme, car en réalité ,la mort de l’océan n’aura des conséquences dramatiques et irréversible que pour l’humanité, car l’océan se moque bien de mourir et si l’humanité venait à disparaître , il pourrait se reconstruire sans humains mais cela lui demanderait plusieurs siècles. La mort de l’océan ne concerne “que” la survie de l’humanité.

Vidéo dans le bassin
Sans titre ( CASSANDRE/SCANDERAS…) Vidéo projetée au sein du bassin, réalisée en collaboration avec JULES HIDROT, 2021

Dans cette vidéo, une jeune fille dans le bassin essaie de nous parler mais nous ne pouvons pas l’entendre. Ce qu’elle nous crie se retrouve sous-titré en jaune et barré en bas de l’écran.

Dans la mythologie grecque, Cassandre est la fille de Priam. Apollon pour la séduire lui fait don de la faculté de prévoir l’avenir, et lorsqu’elle se refuse à lui, la condamne à ne jamais être entendue. Il doit être possible d’en finir avec cette malédiction.

Ici , dans cette vidéo , Cassandre tente de nous mettre en garde, mais nous ne voulons ou pouvons pas l’entendre. Cette vidéo soulève la question de l’acrasie que nous avons évoqué précédemment lors de l’installation avec les 2 projections. L’acrasie , est le fait d’agir à l’encontre de son meilleur jugement. On parle aussi souvent, pour qualifier l’acrasie, de « faiblesse de la volonté» : ainsi, l’acrasie se manifesterait quand nous nous engageons dans des résolutions que nous n’arrivons pas à tenir.

La vérité est souvent difficile à entendre et mou préférons ne pas l’entendre. Nous disons d un côté que nous devons le faire mais nous ne le faisons pas …Comment peut on juger qu’une chose est la meilleure à faire pourtant ne pas la faire ?

Le scientifique Hugues Lesley nous mets en garde lui aussi en espérant se tromper :

“Nous espérons nous tromper sur le rythme de la montée du niveau des océans, et sur le fait qu’une accélération aussi rapide risque d’inonder les foyers d’un milliard de personnes d’ici la fin du siècle. Nous espérons nous tromper sur la disparition de notre emblème naturel le plus précieux, la Grande Barrière de Corail, autrefois si magnifique. Nous espérons nous tromper sur la vitesse à laquelle fondent les glaciers des Andes et du Tibet, mettant en péril l’approvisionnement en eau douce de plus d’un sixième de la population mondiale. Nous espérons nous tromper sur le fait que les déplacements de populations dues à l’augmentation des désastres climatiques feront probablement passer l’actuelle crise des réfugiés pour un événement dérisoire. Nous espérons, nous espérons, nous espérons.”

Bassin aux méduses
Sans titre ( TRY TO THINK LESS…), Sans titre ( YOU ONLY LIVE ONCE…) et Sans titre ( NOTHING REALLY MATTERS…) , Installation In situ, Vinyle adhésif dans le fond du bassin, 300 x 150 cm, 2021

La méduse n’a pas de coeur, ni de cerveau, mais possède des super-pouvoirs. Elles a pu traverser les siècles malgré ces lacunes. Les 3 installations que je propose dans cette espaces se veulent par conséquent plus légère. Une invitation à l’insouciance et à la frivolité de la vie. Car, oui , nous vivons qu’une seule fois, et nous pouvons vivre à l’image de la méduse immortelle, plusieurs vies dans une seule vie. Et ce qui est sure, c’est qu’avant la mort, il y a la vie et même si celle-ci peut nous sembler désespérée, elle n’e doit pas être sérieuse à un tel point qu’il faille arrêter d’en rire. Comme l’écrivait Paul Watzlawick, the situation is hopeless but not serious… Il faut continuer à rire de la vie, de son côté absurde et de ses apparentes contradictions. A l’image de la méduse qui bien que sans cerveau, ni coeur se laisse emporter par le courant de la vie comme pourrait le faire un “imbécile heureux”. La beauté et la lumière est ici essentielle. J’ai volontairement tenu à inscrire des aphorismes plus légers pour inviter à la contemplation et à se concentrer sur la magie de la méduse et mettre de côté ses soucis. Car la vie c’est aussi savoir danser et mettre son cerveau en veille pour se faire porter par le courant et sa magie . Comme l’écrivait Nietszsche au dessus de sa porte dans le Gai savoir, il ne faut jamais se prendre trop au sérieux tout en continuant à être curieux :

J’habite ma propre maison,
N’ai jamais copié personne en rien
Et me suis en outre moqué de tout maître
Qui ne s’est pas moqué de lui-même.

Grand bassin: bassin principale
Installation In situ au fond du bassin, 10 pastilles transparentes avec des textes imprimés au format 200 x 80 cm, 2021

Observatoire

– 1er dispositif – 5 pastilles – Observatoire
ETERNEL – DESORDRE – ABSURDE – ILLIMITE – ANTIFRAGILE

– 2ème dispositif – 3 pastilles – Triptyque
N’AYEZ PAS PEUR – MAL DE MER – LIEU COMMUN –

– 3ème dispositif – en duo ou solo – à voir
HANDLE WITHOUT CARE + ERROR 404

Mes installations hors-format ont pris pied sur les dunes du désert marocain, au cœur de l’Amérique latine et dans les paysages de Californie. Aujourd’hui, l’Aquarium de Paris m’offre la possibilité de questionner l’Océan et de faire interagir mes mots barrés avec le milieu marin et le vivant au sein même du grand bassin de l’aquarium qui nous présente les requins principalement et les sardines et nous sensibilise sur leur importance dans l’équilibre de l’océan.

On en parle surtout lorsqu’il attaque les humains. Pourtant, le requin joue un rôle prépondérant de régulation de la chaîne alimentaire.Le corail est le coeurur du récif. A l’autre extrémité : les requins. Les poissons carnivores (mérous, carangues, lutjans) cohabitent avec les herbivores (poissons-perroquets, chirurgiens). Sans requins, les espèces carnivores prolifèrent et éradiquent les herbivores qui ne broutent plus les algues qui recouvrent le corail. Le corail, alors, meurt asphyxié sous la pression des algues.
C’est à partir de ce point de vu sur l’océan que j’ai souhaité installer les mots barrés suivants :

ETERNEL – DESORDRE – ABSURDE – ILLIMITE – ANTIFRAGILE

Afin de questionner le monde sous marin et à ma manière essayer de mieux comprendre cette immensité, qui est en réalité est limitée par l’équilibre de sa chaîne alimentaire nécessaire à sa survie.

J’y ai également installé les mots et expressions suivantes qui créent des interactions inattendues et invitent à la contemplation mais aussi à la prise de position :

N’AYEZ PAS PEUR – MAL DE MER – LIEU COMMUN – HANDLE WITHOUT CARE + ERROR 404

Tunnel aux requins

Sans titre ( NO SELFIE ZONE…)
Sans titre (IL Y A UN AQUARIUM D’YEUX DANS TON ALCÔVE…)
Sans titre ( SAGE COMME UNE IMAGE…)
Sans titre (TAKE ONLY MEMORIES? LEAVE ONLY FOOTPRINTS..)
Installation In situ, Textes en vinyle adhésif fluo sur miroirs, 2021

Cette installation se veut une interaction immersive entre le visiteur et le monde marin. Les miroirs qui reflètent l’humanité dans le bassin tout au long de ce tunnel invitent à nous questionner sur notre la place au sein des océans et plus généralement sur la Terre. J’ai souhaité inscrire des aphorismes qui questionnent l’égoïsme et l’autocentrisme qui anime chacun de nous. Récemment installé sur les rives du Tage à Lisbonne, l’expression “NO SELFIE ZONE” barrée renferme cette question en seulement 3 mots.

“Ô terre déplorable!” s’écriait Voltaire après le tremblement de terre qui avait dévasté la ville de Lisbonne, le jour de la Toussaint 1755. ” Éléments, animaux, humains, tout est en guerre. Il le faut avouer, le mal est sur terre”. Dés lors, quelle attitude devaient adopter les hommes éclairés sinon s’atteler à la tâche de transformer le monde afin d’y introduire le bien dont il était totalement dépourvu? “Le contrôle toujours plus grand de la nature, la lutte contre la nature, telle a été l’idée directrice en Europe au cours des trois derniers siècles” résume le philosophe allemand Robert Spaemann. Mère Nature s’avérant une marâtre, c’est vers Mère technologie que les humains se sont tournés pour obtenir secours et sécurité. Le système technologique , dont le téléphone portable en est le symbole aujourd’hui et plus particulièrement le “SELFIE” aujourd’hui, en est venu à jouer , pour chacun d’entre nous, un rôle comparable à celui que la mère joue auprès de son petit enfant : nourricière, protectrice, dispensatrice de tout bien … Mais si nous commencions à nous regarder en face et pas seulement à travers l’image du “Selfie”, ne devrions-nous pas réapprendre à être humain et reconstruire un nouveau monde qui relie la technique et la vie en mettant un peu notre égo de côté.

Dernier mur du parcours de la visite
Sans titre (FICHIER OCEAN.JPG ENDOMMAGÉ. SOUHAITEZ-VOUS LE RESTAURER…), Installation In situ, Vinyle adhésif 240 x 240 cm , 2021

Cette installation In situ se situe sur le dernier mur du parcours, en fin de visite avant que le visiteur entre dans le magasin de l’aquarium. Cet aphorisme questionne notre responsabilité et notre volonté ou non à vouloir réparer le mal que l’on a causé aux océans.
Inspirée d’une erreur informatique, que l’on peut rencontrer sur notre ordinateur lors d’enregistrement d’un fichier image comme je le laisse deviner par l’entention.JPG à la suite du mon OCEAN. Le terme JPEG est un acronyme utilisé pour Joint Photographic Experts Group. Il désigne un format d’enregistrement et de compression numérique, imaginé et mis au point par un groupe d’experts en compression d’images fixes. C’est dans le domaine de la photographie numérique que l’on est donc amené à rencontrer le plus fréquemment ce format. Il prend alors la forme d’une extension .JPEG, aussi déclinée en .jpeg, .JPG ou .jpg. C’est un type d’erreur ,que l’on peut rencontrer sur son ordinateur lors d’enregistrement ou d’archivage d’une image. J’ai souhaité terminer la visite sur cette question car le transfert du monde virtuel sur le monde réel est une question centrale dans mon travail. Je pense même que l’on peut sortir de cette crise qu’en réussissant d’équilibrer les 3 dimensions qui composent notre époque , à savoir le réel, le virtuel et le spirituel. Et c’est seulement en trouvant le bon équilibre entre ces 3 dimensions que l’on pourra trouver ensemble un avenir pour l’humanité.

Sans titre (TRY TO THINK LESS…), édition limitée réalisée en collaboration avec PECH, illustration d’une pieuvre et textes barrés sur papier beaux-arts 320g, 70 x 100 cm, 2021

Illustration en collaboration avec Marie Devevey

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oeuvre-collective-avec-pech-mal-de-mar

Illustration en collaboration avec Pech

Sans titre (MAL DE MER…), édition limitée réalisée en collaboration avec Marie Devevey, illustration de 2 hippocampes et textes barrés sur papier beaux-arts 320g, 70 x 100 cm, 2021

L’hypocampe est un symbole fort et une source d’inspiration à cette nouvelle masculinité qu’il faudrait développer si nous voulons des valeurs plus saine dans notre société. Car en effet, Lla reproduction est particulière puisque c’est le mâle qui effectue la gestation de 5 à 1 800 œufs pondus dans sa poche ventrale par la femelle.